Déchet ou engrais, qui est responsable ?

Une usine de méthanisation produit du digestat solide et liquide considérés comme des déchets. Dans notre cas, la partie liquide doit être traité par ultrafiltration et osmose-inverse puis remise en milieu naturel. La partie solide doit recevoir l’agrément d’engrais organo-minéral NFU 42-001 et mérite quelques explications. Le statut de déchet implique la responsabilité du producteur jusqu’à son traitement ou sa destruction. Or, l’agrément d’engrais dégage le porteur de projet de toutes ces responsabilités une fois que le produit est vendu et livré. Ainsi, lors d’une livraison en vrac ou en big-bag percés stockés en extérieur et donc exposés à la pluviométrie sur sol nu et sans récupération des jus, l’azote d’origine ammoniacale du fumier ou du lisier, que son passage dans le digesteur a transformé en azote nitrique, est soumise au lessivage. Comme annoncé dans l’arrêté, les contrôles des cours d’eau vont être renforcés et si des nitrates sont mis à jour ce sera sous la responsabilité de l’agriculteur.  L’épandage sur sol enraciné ou la proposition « du rendu racine » limite la diffusion de nitrates dans les sols, mais ne changent en rien la mise aux normes pour le stockage que devront effectuer les agriculteurs reprenant de l’engrais et dont les livraisons se feront « durant l’année » selon les réponses du porteur de projet aux questions de l’enquête publique.

Une fois de plus le porteur de projet cherche à limiter ses responsabilités alors que le « déchet » (digestat solide) sera tout simplement enrichit d’azote et de phosphore contenus dans les boues issues de la filtration du digestat liquide pour obtenir le statut d’engrais. Ce point, contraignant pour l’agriculteur, n’est pas précisé dans les pré-contrats.

Cette opération peut expliquer en partie la prolifération des algues vertes en Bretagne.