Des déçus de la méthanisation

Agriculture : des déçus de la méthanisation

Agriculture-élevage-environnement-énergie-salon Méthanisation: derrière l’espoir, les déboires des agriculteurs (PAPIER D’ANGLE)

Par Emmanuelle MICHEL

NOYAL-SUR-VILAINE (France), 18 fév 2015 (AFP) – Faible rentabilité, contraintes: la méthanisation est loin de tenir ses promesses auprès d’agriculteurs qui espéraient arrondir leurs fins de mois et lutter contre le changement climatique en transformant fumiers et lisiers en énergie.
« C’est très coûteux en maintenance. C’est une mauvaise surprise », constate Daniel Lamoureux, éleveur de porcs près de Rennes.
En 2012, il a investi un million d’euros (dont 25% de subventions) dans un méthaniseur. Abrité sous un dôme vert accolé à la ferme, le « digesteur » transforme les effluents d’élevage en biogaz, qui sera revendu sous forme d’électricité. La ferme fournit la consommation de près de 400 maisons.
Pour l’instant, « ça soulage un peu la trésorerie », pas plus, reconnaît M. Lamoureux, qui cherchait un revenu complémentaire, faute de pouvoir agrandir son élevage porcin en raison de la réglementation environnementale.
La méthanisation agricole est pour l’instant confidentielle en France, avec 180 unités, selon le ministère de l’Agriculture, qui incite à en construire un millier d’ici à 2020.
Pour l’heure, « 60% des projets n’aboutissent pas », selon Alain Guillaume, président de l’Association des agriculteurs méthaniseurs.
Parmi les déboires rencontrés, la coûteuse adaptation des machines, importées d’Allemagne, où elles ne sont pas alimentées comme en France.
A eux seuls, fumier ou lisier ne suffisent pas à produire du biogaz. Il faut rajouter de la matière végétale. Les Allemands mettent du maïs, pratique interdite en France pour ne pas concurrencer l’alimentation. Les agriculteurs français rajoutent des déchets organiques: tontes de pelouse, déchets de cantines scolaires ou de l’industrie agroalimentaire.
Facile au début, la récupération de ces matières premières l’est moins aujourd’hui.
« Avant, les industriels payaient pour qu’on les débarrasse de ces déchets. Aujourd’hui, ils savent qu’on en fait du courant, alors ils nous les vendent », souligne Francis Claudepierre, éleveur laitier des Vosges, pionnier de la méthanisation depuis 2001.
Il dénonce la montée des convoitises depuis l’augmentation des tarifs de rachat de l’électricité en 2011: « Les constructeurs ont doublé le prix des installations ».
Lui réussit tout de même à dégager des bénéfices, grâce à des années de formation en autodidacte, qui lui ont permis de construire lui-même son méthaniseur.
– Ubuesque –
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En outre, la méthanisation peut se révéler très chronophage.
« Il faut s’en occuper à plein temps, on a dû embaucher quelqu’un, ce n’était pas prévu », explique Alain Guillaume.
Quant au tarif de rachat de l’électricité, fixé à 20 cts du kilowatt/heure, il est trop bas pour atteindre une vraie rentabilité, estime-t-il, alors que l’investissement est souvent « le plus gros que fait l’agriculteur dans sa carrière » .
D’après une étude de la Confédération paysanne sur 30 exploitations, « seules 5-6 dégagent des résultats, toutes les autres ont des dettes énormes », explique Georges Baroni, membre du syndicat fondé par José Bové.
L’énergie produite par la méthanisation n’est composée qu’à 30% d’électricité, revendable, et à 70% de chaleur, difficilement transportable.
« Si on ne la valorise pas en l’utilisant, on la perd. Ceux qui réussissent sont ceux dont le méthaniseur alimente en chaleur une industrie agroalimentaire toute l’année: fromagerie industrielle ou abattoir. Mais pour un simple éleveur de porcs, ce n’est pas rentable », assure M. Baroni.
La situation devient parfois ubuesque pour les agriculteurs confrontés à un surplus de « digestat », le résidu obtenu après la méthanisation, qui peut servir d’engrais.
Ainsi, Alain Guillaume, pourtant président de l’Association des agriculteurs méthaniseurs, a été forcé de renoncer à ses 3.000 porcs pour vivre uniquement de la méthanisation. Il utilise désormais le lisier qu’il récupère chez ses voisins éleveurs.
A cause des limitations très strictes sur les épandages en Bretagne, il ne pouvait pas l’utiliser sur ses terres, mais pas non plus le vendre. Car le digestat est considéré comme un déchet et non comme du compost, à moins de se lancer dans une longue procédure d’homologation.
« Il a fallu faire un choix. Comme les deux millions d’euros investis dans le méthaniseur n’étaient pas encore amortis, on a arrêté l’élevage. On s’est fait avoir », déplore-t-il.
emi/boc/bd
AFP 180534 FEV 15

Energie-agriculture-Allemagne

En Allemagne, la méthanisation a fait des petits mais le boom est terminé.

Par Mathilde RICHTER

BERLIN, 18 fév 2015 (AFP) – Les agriculteurs allemands ont embrassé la méthanisation au début des années 2000, à la faveur d’une législation incitative qui a transformé beaucoup d’exploitants en producteurs d’énergie, mais un changement de régime l’an dernier a stoppé net la croissance du secteur.
L’Allemagne compte environ 8.000 installations de méthanisation, quatre fois plus qu’il y a dix ans et dix fois plus qu’en 1999, cumulant près de 4.000 mégawatts de capacité installée (2% du parc allemand). 90% des centrales et 75% des capacités de biogaz sont le fait du secteur agricole.
Sans surprise, les Etats régionaux allemands les plus agricoles sont aussi les plus riches en installations de méthanisation, la Bavière au sud menant la danse, mais avec des installations de taille plutôt modeste, suivie de la Basse-Saxe (nord) et du Schleswig-Holstein (nord) avec des centrales plus grandes, à l’image des exploitations.
Depuis 2000, l’Allemagne est équipée d’un ambitieux mécanisme de soutien aux énergies renouvelables. La loi baptisée EEG, plusieurs fois remaniée, prévoit une rémunération fixe et supérieure aux prix du marché pour chaque kilowatt-heure de courant produit par les énergies vertes. L’électricité propre a en outre priorité sur le courant nucléaire ou au charbon dans l’alimentation du réseau.
Et dans le cas précis de la méthanisation, une subvention supplémentaire a longtemps été versée selon la matière première utilisée, avec un bonus pour l’utilisation de ressources renouvelables, c’est-à-dire de plantes (maïs en premier lieu).
L’incitation a fonctionné au-delà des espérances, et pour nombre d’agriculteurs allemands cette activité est vite devenue beaucoup plus que la possibilité d’un revenu d’appoint. Dans la seule Bavière, le courant produit par la méthanisation alimente plus d’1,2 million de foyers.
Selon la fédération allemande des agriculteurs DBV, la production d’énergie a assuré en 2013/2014 un revenu supplémentaire de 6,1 milliards d’euros au secteur primaire, le biogaz se taillant la part du lion (4,3 milliards d’euros). Eoliennes et panneaux solaires assurent le reste de cette manne.
A 90%, les exploitants allemands utilisent du maïs comme combustible. Entre un quart et un tiers des surfaces de maïs cultivées en Allemagne sont dévolues à la production d’énergie, et le pays concentre 75% des cultures de maïs pour la méthanisation de l’UE.
Venant doubler la discussion au niveau mondial sur l’utilisation pour la production d’énergie de cultures alimentaires, le débat a enflé en Allemagne ces dernières années sur les méfaits pour les paysages et la faune de la domination du maïs dans le mix des cultures, et sur les nuisances écologiques des installations de méthanisation.
En 2012, une modification de loi EEG avait déjà plafonné l’utilisation du maïs comme matière première pour la production de biogaz à 60%, conduisant à un recul brutal du nombre de nouvelles installations (340 en 2012, contre 1.270 en 2011).
La dernière réforme, votée l’an dernier avec pour objectifs une meilleure maîtrise des coûts et l’introduction de mécanismes de marché dans le segment des renouvelables, a instauré un plafond de 100 kilowatt de capacité, au-delà duquel l’électricité produite n’est plus subventionnée. En outre, la subvention accordée pour l’utilisation des matières premières a sauté.
Ces nouvelles règles ne valent pas pour les installations existantes qui continuent à bénéficier du régime en vigueur au moment de leur mise en route. Mais, en entamant sérieusement les perspectives économiques de la méthanisation, elles ont de facto signé l’arrêt de mort de la croissance du secteur.
La fédération sectorielle Biogas mise sur une soixantaine de nouvelles installations cette année. « Cela ne vaut plus le coup », a commenté une porte-parole pour l’AFP.

AFP 180905 FEV 15

L’espoir déçu des agriculteurs bretons

Méthanisation: l’espoir déçu des agriculteurs bretons
Faible rentabilité, contraintes: la méthanisation est loin de tenir ses promesses auprès d’agriculteurs qui espéraient arrondir leurs fins de mois et lutter contre le changement climatique en transformant fumiers et lisiers en énergie. Exemples en Bretagne
Sylvaine Salliou (avec AFP)Publié le 18/02/2015 | 09:54, mis à jour le 18/02/2015 | 09:54

« C’est très coûteux en maintenance. C’est une mauvaise surprise », constate Daniel Lamoureux, éleveur de porcs près de Rennes. En 2012, il a investi un million d’euros (dont 25% de subventions) dans un méthaniseur. Abrité sous un dôme vert accolé à la ferme, le « digesteur » transforme les effluents d’élevage en biogaz, qui sera revendu sous forme d’électricité. La ferme fournit la consommation de près de 400 maisons.

Pour l’instant, « ça soulage un peu la trésorerie », pas plus, reconnaît M. Lamoureux, qui cherchait un revenu complémentaire, faute de pouvoir agrandir son élevage porcin
en raison de la réglementation environnementale. La méthanisation agricole est pour l’instant confidentielle en France, avec 180 unités, selon le ministère de l’Agriculture, qui incite à en construire un millier d’ici à 2020.

Des machines très chères
Pour l’heure, « 60% des projets n’aboutissent pas », selon Alain Guillaume, président de l’Association des agriculteurs méthaniseurs. Parmi les déboires rencontrés, la coûteuse adaptation des machines, importées d’Allemagne, où elles ne sont pas alimentées comme en France. A eux seuls, fumier ou lisier ne suffisent pas à produire du biogaz. Il faut rajouter de la matière végétale. Les Allemands mettent du maïs, pratique interdite en France pour ne pas concurrencer l’alimentation. Les agriculteurs français rajoutent des
déchets organiques: tontes de pelouse, déchets de cantines scolaires ou de l’industrie agroalimentaire. Facile au début, la récupération de ces matières premières l’est moins aujourd’hui, car aujourd’hui les industriels les vendent.

Situation ubuesque
En outre, la méthanisation peut se révéler très chronophage. « Il faut s’en occuper à plein temps, on a dû embaucher quelqu’un, ce n’était pas prévu », explique Alain Guillaume.
Quant au tarif de rachat de l’électricité, fixé à 20 cts du kilowatt/heure, il est trop bas pour atteindre une vraie rentabilité, estime-t-il, alors que l’investissement est souvent « le plus gros que fait l’agriculteur dans sa carrière » . D’après une étude de la Confédération paysanne sur 30 exploitations, « seules 5-6 dégagent des résultats, toutes les autres ont des dettes énormes », explique Georges Baroni, membre du syndicat fondé par José Bové. La situation devient parfois ubuesque pour les agriculteurs confrontés à un surplus de « digestat », le résidu obtenu après la méthanisation, qui peut servir d’engrais.

« On s’est fait avoir »
Ainsi, Alain Guillaume, pourtant président de l’Association des agriculteurs méthaniseurs, a été forcé de renoncer à ses 3.000 porcs pour vivre uniquement de la méthanisation.
Il utilise désormais le lisier qu’il récupère chez ses voisins éleveurs. A cause des limitations très strictes sur les épandages en Bretagne, il ne pouvait pas l’utiliser sur ses terres, mais pas non plus le vendre. Car le digestat est considéré comme un déchet et non comme du compost, à moins de se lancer dans une longue procédure d’homologation.
« Il a fallu faire un choix. Comme les 2 millions d’euros investis dans le méthaniseur n’étaient pas encore amortis, on a arrêté l’élevage. On s’est fait avoir », déplore-t-il.