Allemagne : Le rêve de la méthanisation est terminé.

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En Allemagne, la méthanisation a fait des petits mais le boom est terminé.

Par Mathilde RICHTER

BERLIN, 18 fév 2015 (AFP) – Les agriculteurs allemands ont embrassé la méthanisation au début des années 2000, à la faveur d’une législation incitative qui a transformé beaucoup d’exploitants en producteurs d’énergie, mais un changement de régime l’an dernier a stoppé net la croissance du secteur.
L’Allemagne compte environ 8.000 installations de méthanisation, quatre fois plus qu’il y a dix ans et dix fois plus qu’en 1999, cumulant près de 4.000 mégawatts de capacité installée (2% du parc allemand). 90% des centrales et 75% des capacités de biogaz sont le fait du secteur agricole.
Sans surprise, les Etats régionaux allemands les plus agricoles sont aussi les plus riches en installations de méthanisation, la Bavière au sud menant la danse, mais avec des installations de taille plutôt modeste, suivie de la Basse-Saxe (nord) et du Schleswig-Holstein (nord) avec des centrales plus grandes, à l’image des exploitations.
Depuis 2000, l’Allemagne est équipée d’un ambitieux mécanisme de soutien aux énergies renouvelables. La loi baptisée EEG, plusieurs fois remaniée, prévoit une rémunération fixe et supérieure aux prix du marché pour chaque kilowatt-heure de courant produit par les énergies vertes. L’électricité propre a en outre priorité sur le courant nucléaire ou au charbon dans l’alimentation du réseau.
Et dans le cas précis de la méthanisation, une subvention supplémentaire a longtemps été versée selon la matière première utilisée, avec un bonus pour l’utilisation de ressources renouvelables, c’est-à-dire de plantes (maïs en premier lieu).
L’incitation a fonctionné au-delà des espérances, et pour nombre d’agriculteurs allemands cette activité est vite devenue beaucoup plus que la possibilité d’un revenu d’appoint. Dans la seule Bavière, le courant produit par la méthanisation alimente plus d’1,2 million de foyers.
Selon la fédération allemande des agriculteurs DBV, la production d’énergie a assuré en 2013/2014 un revenu supplémentaire de 6,1 milliards d’euros au secteur primaire, le biogaz se taillant la part du lion (4,3 milliards d’euros). Eoliennes et panneaux solaires assurent le reste de cette manne.
A 90%, les exploitants allemands utilisent du maïs comme combustible. Entre un quart et un tiers des surfaces de maïs cultivées en Allemagne sont dévolues à la production d’énergie, et le pays concentre 75% des cultures de maïs pour la méthanisation de l’UE.
Venant doubler la discussion au niveau mondial sur l’utilisation pour la production d’énergie de cultures alimentaires, le débat a enflé en Allemagne ces dernières années sur les méfaits pour les paysages et la faune de la domination du maïs dans le mix des cultures, et sur les nuisances écologiques des installations de méthanisation.
En 2012, une modification de loi EEG avait déjà plafonné l’utilisation du maïs comme matière première pour la production de biogaz à 60%, conduisant à un recul brutal du nombre de nouvelles installations (340 en 2012, contre 1.270 en 2011).
La dernière réforme, votée l’an dernier avec pour objectifs une meilleure maîtrise des coûts et l’introduction de mécanismes de marché dans le segment des renouvelables, a instauré un plafond de 100 kilowatt de capacité, au-delà duquel l’électricité produite n’est plus subventionnée. En outre, la subvention accordée pour l’utilisation des matières premières a sauté.
Ces nouvelles règles ne valent pas pour les installations existantes qui continuent à bénéficier du régime en vigueur au moment de leur mise en route. Mais, en entamant sérieusement les perspectives économiques de la méthanisation, elles ont de facto signé l’arrêt de mort de la croissance du secteur.
La fédération sectorielle Biogas mise sur une soixantaine de nouvelles installations cette année. « Cela ne vaut plus le coup », a commenté une porte-parole pour l’AFP.

AFP 180905 FEV 15

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